7 juillet 1839

« 7 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 81-82], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9398, page consultée le 02 mai 2026.

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Bonjour mon petit bien-aimé, bonjour mon petit homme. J’espère que vous devez être content car voilà de la chaleur comme il vous en faut, et vous pouvez nager dans le soleil comme un poisson dans l’eau. Moi qui ne suis pas poète, je préfère l’ombre et je vais fermer mes persiennes tout à l’heure pour en avoir davantage. Cependant si vous vouliez grimper avec moi sur une impériale de diligence, je suis femme à tout braver pourvu que vous soyez auprès de moi. Jour mon petit o. Je vous aime, et vous ? Je vous ai attendu cette nuit, vous aviez pris tant de précautions pour pouvoir venir que j’ai cru pouvoir compter sur vous mais… comme à l’ordinaire vous n’êtes pas venu. Baisez-moi, vieux loup, vous m’attrapeza toujours mais je vous aime tout de même. Faites-moi sortir aujourd’hui, menez-moi avec vous sur la montagne, ou dans la plaine ça m’est égal pourvu que je sois avec vous. Autrefois vous m’emmeniez même quand vous travailliez. À présent vous ne m’emmenez plus jamais, il faut un tas de « si », de « car », de « mais » qui aboutissent à me faire patauger pendant une heure dans les plus sales rues de la ville. Tout ça c’est pas très amusant et vous devriezb bien revenir à l’ancien système qui était le bon puisque nous ne nous quittions presque pas. Je t’aime.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « attrappez ».

b « devrez ».


« 7 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 83-84], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9398, page consultée le 02 mai 2026.

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Je ne veux pas dîner avant de t’avoir écrit, mon adoré, j’ai besoin de dégonfler mon cœur avant de songer à remplir mon petit estomac. Aime-moi mon Toto, aime-moi car je t’aime de toute mon âme. Je m’étais fait une fête de la tienne, mon adoré, et j’avais fourbi à cette occasion les tessons qui me restent pour te les donner. Malheureusement tu y mets des scrupules gênantsa pour moi et je n’oserai plus te rien donner. Cependant c’est si bon de donner et de recevoir quand on s’aime que tu devrais, mon amour, me laisser toute latitude surtout quand je ne dépense rien pour ça. J’espère que les deux femmes dont tu étais chargé sont arrivées à bon port, et qu’elles sont déjà pourvues, chacune, d’une bonne condition ? Je voudrais savoir laquelle ma Dédé a choisi et si cela lui a fait plaisir. J’aime ce pauvre petit ange comme s’il était à moi. Je voudrais donner mes doigts les uns après les autres pour lui faires des poupées. Il n’y a que toi que j’aime plus qu’elle ou plutôt que j’aime autrement, c’est-à-dire de tous les amours à la fois. Aime-moi aussi, toi, mon adoré, aime-moi et pense à notre voyage. Nous serons si heureux de le faire.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « gênant ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.